ÉCRIRE

 

En ce moment, nous écrivons.

Tirés des Leçons américaines, d’Italo Calvino, quelques mots pour réfléchir à l’écriture. 

« Je n’ai pas tardé à m’apercevoir qu’entre les faits vécus, censés me fournir une matière première, et une écriture que je voulais agile, nerveuse, tranchante, un écart se creusait. »

« Peut-être n’ai-je découvert qu’alors la pesanteur, l’inertie et l’opacité du monde : qualités qui empoissent immédiatement l’écriture, si l’on ne trouve le moyen de s’en défaire. » 

Et puis, Camille Claudel devant sa sculpture de Persée vainqueur de la Gorgone.

Parfois le monde entier me semblait devenir pierre : cette lente pétrification n’épargnait aucun aspect de la vie. Comme si personne n’avait pu échapper à l’impitoyable regard de Méduse. 

Un seul héros est capable de trancher la tête de Méduse : Persée, qui prend son envol sur des sandales ailées ; Persée qui ne tourne jamais les yeux vers le visage de la Gorgone, mais seulement vers son image reflétée dans le bouclier de bronze.

En ce mythe, je suis aussitôt tenté de voir une allégorie du rapport entre le poète et le monde, une leçon de méthode pour qui se mêle d’écrire. 

Mais toute interprétation, je le sais, appauvrit le mythe et l’étouffe : il ne faut pas houspiller les mythes ; mieux vaut les laisser se déposer dans la mémoire, méditer patiemment chacun de leurs détails, raisonner sur leur sens en ne sortant jamais de leur langage imagé.

En ce moment même, c’est Persée qui me soutient, alors que je me sentais déjà pris dans des mâchoires de pierre.

 

 

 

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